Yémen : qu’est-ce que le plan B de Riyad ?
Failli jusque dans une confrontation avec la Résistance yéménite, l’héritier du Trône saoudien n’a eu donc d’autre choix que de recourir à une nouvelle intrigue, visant à creuser le fossé entre l’Iran et Ansarallah. C’est ce que The Wall Street Journal révèle dans une note, ajoutant à ce sujet :
« Suite au fiasco du plan principal des Saoudiens au Yémen, le prince héritier d'Arabie saoudite cherche à mettre à exécution un « plan alternatif » nommé « Plan B » dont l'objectif principal à ce stade n’est que de provoquer la discorde entre l'Iran et Ansarallah. »
Vendredi, The Wall Street Journal a prétendu qu'il existait des différences entre le mouvement populaire des Comités populaires (Ansarallah) du Yémen et l'Iran, et qu'en raison de ces différences, l'ambassadeur iranien au Yémen avait l'intention de quitter le pays. Mais le porte-parole du mouvement yéménite, Mohammed Abdel Salam, a évoqué sur Twitter un accord entre l'Iran et l'Arabie saoudite par l’intermédiaire de Bagdad sur le transfert de l'ambassadeur iranien à Sanaa par un avion irakien en raison de l’état de santé du haut diplomate iranien. Le responsable d’Ansarallah a par ailleurs réfuté les nouvelles et les spéculations publiées dans les médias dont le but n’est que de semer le doute sur les relations entre l'Iran et la Résistance yéménite. Mais quel est le but de l'Arabie saoudite et de ses partisans de provoquer la discorde entre l’Iran et Ansarallah ?
Le mouvement yéménite a pris le contrôle de Sanaa et d'autres régions du Yémen en 2015 après la fuite du président de l'époque, Abd Rabbo Mansour Hadi. Le royaume saoudien a qualifié Ansarallah de « Hezbollah bis » et a, dans le sillage, souhaité l’échec du mouvement. Le journal américain poursuit : « Mohammad ben Salman a promis la victoire imminente de Riyad dans la guerre yéménite, mais celle-ci entrera bientôt dans sa huitième année consécutive, et l'Arabie saoudite n'a pas atteint ses objectifs dans la guerre dévastatrice et devra mettre en œuvre d'autres politiques. Dans la suite de la note, l’auteur se propose d’examiner la défaite étape par étape de l'Arabie saoudite au Yémen.
1. Reconnaître la légitimité d'Ansarallah
L'Arabie saoudite a d'abord cherché à présenter le mouvement de résistance yéménite comme un groupe rebelle et illégitime dans la communauté internationale. Mais les victoires massives d'Ansarallah ont forcé non seulement l'Arabie saoudite mais aussi la communauté internationale à reconnaître le groupe politique.
Le média fait référence à la visite inopinée du vice-ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salman ben Abdelaziz, à Mascate, la capitale d'Oman, le 11 novembre 1998. Des sources non officielles ont lié la visite du fils du roi saoudien à Mascate aux tentatives de Riyad pour parvenir à un accord avec Ansarallah.
Le journaliste yéménite, Abbas al-Dhalee, explique que Khaled s'est rendu en Oman, où il a rencontré la délégation d'Ansarallah. A l’en croire, l'Arabie saoudite s’est mis à genoux devant la Résistance yéménite Houthis et a promis de tenir tous ses engagements envers la Résistance. L’auteur souligne qu’Ansarallah a déjà pu prouver sa légitimité au sein de la communauté internationale en participant au sommet de Stockholm en Suède et en donnant l’aval au cessez-le-feu à Hudaydah avec d'autres groupes yéménites. En fait, le premier objectif de Riyad était de remettre en question la légitimité d’Ansarallah, le plan qui a cependant été voué à l’échec.
2. Passer de la stratégie défensive à l’approche offensive
Depuis 2015, l'Arabie saoudite a pris pour cible les infrastructures yéménites lors d'une série d'attaques contre le Yémen et les civils, afin de priver les révolutionnaires yéménites de toutes les possibilités existant dans le pays.
Simultanément, les agresseurs saoudiens et leurs alliés ont imposé de vastes embargos en matière de carburant, de médicaments et de nourriture au peuple yéménite. Ils tentaient ainsi d’attiser les mécontentements au sein de la communauté yéménite face aux performances d'Ansarallah dans les régions du nord du Yémen dans l’espoir de renverser le gouvernement du salut national à Sanaa. Mais à partir de 2019, la page a tourné et les équations de champ de bataille se sont inversées, et le mouvement de résistance a dans ce cadre décidé de lancer une série d'opérations appelées « l'équilibre de la dissuasion » contre l'Arabie saoudite. Ces opérations ont pu changer complètement les équations de la bataille et mettre Al-Saoud en position défensive. Jusqu'à présent, huit séries d'opérations de ce type ont été menées et le géant pétrolier « Aramco », des bases militaires saoudiennes à Riyad et dans d'autres villes situées à côté d'aéroports militaires ont été à plusieurs reprises touchés par les missiles et drones de la Résistance. Les systèmes Patriot américains à la disposition des Saoudiens sont également incapables de contrer de telles attaques,
Le fait est que les développements sur le terrain à l'intérieur du Yémen arrivent d'une manière qui pousse les responsables du régime de Al-Saoud à admettre leur défaite au Yémen. Lors des affrontements en cours dans la ville stratégique de Maarib, Ansarallah a pu encercler la ville sur trois axes de guerre.
La ville de Maarib est le nid principal des forces armées fidèles de l’ancien président en fuite Mansour Hadi. Selon des experts militaires, la libération de Maarib pourrait changer toutes les équations de la guerre yéménite. Si la ville est libérée, le gouvernement démissionnaire ne contrôlera que des zones de la province de Taëz et des parties des provinces d'Al-Mahra et d'Hadramaout. En fait, la coalition saoudienne a accepté la défaite, et c’est pourquoi les princes saoudiens et leurs alliés occidentaux évoquent maintenant l’idée d’un cessez-le-feu dans la province clé pour empêcher l’avancée des combattants de la Résistance dans la région.
L'échec des politiques saoudiennes à discréditer le mouvement yéménite a conduit Mohammad ben Salman à envisager de mettre fin à la guerre au Yémen. Avec la perte du soutien à l'ancien président américain Donald Trump et l'escalade de la pression mondiale après l'assassinat du journaliste critique de MBS, Jamal Khashoggi, le successeur du roi Salman a décidé d'abandonner sa politique agressive dans la région. Le début des pourparlers avec l'Iran et la visite de ben Salman à Doha pour la première fois depuis le siège du Qatar en 2017 marque le changement de cap de MBS d'une « politique conservatrice agressive » à une « politique conservatrice défensive », mais ben Salman tente de trouver un plan alternatif à ce stade.
3. Mise en œuvre du plan B
Avec la défaite du plan principal au Yémen, le prince héritier d'Arabie saoudite cherche à mettre en œuvre un « plan alternatif » ou « Plan B », dont objectif principal est de semer la discorde entre l'Iran et Ansarallah.
Lors de la guerre de sept ans opposant Riyad à Sanaa les Saoudiens ont toujours suggéré que l’Iran a fourni tous les missiles et drones à la disposition d’Ansarallah et que la Résistance yéménite devait sa puissance aux soutiens de Téhéran. A ce stade, Ben Salman n'a d'autre choix que de s'engager sur la voie des négociations pour mettre fin à la guerre yéménite, mais il tente de de sortir du bourbier yéménite au moindre coût.
Ben Salman est bien conscient que s’asseoir à la table de négociations avec la délégation d’Ansarallah, ne signifierait que la reconnaissance du rôle du mouvement dans l'avenir politique du Yémen et que cela est une grande menace, d’autant plus que le mouvement yéménite a des relations très étroites avec Téhéran. Le prince saoudien tente alors de défier le rapprochement des deux parties. Dans ce sens, Riyad essaie d'inculquer au peuple yéménite l'idée que si Ansarallah se met à la table de pourparlers, l’embargo prendra fin. Mais en même temps, il tente de présenter l’approchement Iran-Ansarallah comme un obstacle à la levée des sanctions dévastatrices.