Une Syrie "fédérale", est-ce possible ?
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Des combattants kurdes de Syrie, soutenus par les Etats-Unis.
Ce que cherchent les Etats Unis, c'est d'impliquer de nouveaux acteurs dans la crise syrienne et de complexifier la donne, ce qui leur permettraient de bien tracasser les Russes. Ce jeu du chat et de la souris devrait, en principe, se prolonger jusqu'à la fin du mandant d'Obama.
Selon l'analyste iranien des questions politiques, Sabah Zanganeh, "l'avancée des forces kurdes à Raqqa et dans le nord d'Alep ne présage rien de bon pour l'avenir de l'Etat syrien qui risque le démembrement, surtout que les Turkmènes de Syrie, appuyés par la Turquie, continuent, eux aussi, à réclamer une forme d'autonomie.
Mais qu'en dit la Russie ? Le président Poutine s'est explicitement opposé à une Syrie démembrée, refusant de cautionner l'idée de l'émergence d'un Etat kurde. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a d'ailleurs repris cette affirmation et a réitéré le Non de la Russie à une dislocation de la Syrie dont "seule la population est apte à décider de son sort".
Mais un régime fédéral est-il possible en Syrie ? Selon l'analyste iranien, "la fédéralisation de la Syrie est un concept qui n'existe que dans l'esprit des dirigeants américains. Pour la rendre effective, il y a un long chemin tortueux à parcourir. En effet, comme la Syrie, la Russe et l'Iran sont hostiles à ce projet. En outre, les Arabes syriens et les Turcs ne sont pas non plus favorables à l'idée d'une fédéralisation de la Syrie, car les Kurdes de Syrie pourraient se relier aux Kurdes d'Irak dans le cadre d'une confédération à naître, ce qui pourrait intéresser aussi les Kurdes de Turquie.
Il existe aussi un autre aspect de l'affaire : la présence des pays occidentaux autres que les Etats-Unis, comme la France, la Belgique, la Norvège et l'Allemagne en Syrie. Ces pays-là ne disposaient pas, il y a peu de temps, de forces militaires en Syrie mais les choses ont changé puisque chacun de ces Etats détient à présent un contingent spécial sur le sol syrien, ce qui pourrait témoigner d'une certaine rivalité entre eux d'une part, et la Russie de l'autre. En d'autres termes, chacun de ces Etats veut sa part du gâteau syrien. Ces pays occidentaux exigent avoir leur zone d'influence en Syrie.
Pourtant, l'équation n'est pas aussi simple : la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et les récentes évolutions en Europe ne rendent pas les choses faciles pour ces pays occidentaux qui s'efforcent d'avoir, chacun leur assise au Moyen-Orient. Le "Brexit" va sans doute servir les intérêts des Russes avec en toile de fond une Russie qui jouera un rôle plus important dans le transfert du gaz et du pétrole vers l'Europe.
En ce sens, il est fort possible que les pays européens et la Russie finissent par tomber d'accord sur une solution médiane en Syrie en ce qui concerne le partage des zones d'influence. Mais une chose est sûre : ces plans relèveraient de la chimère tant que le peuple syrien ne tombera pas d'accord avec son gouvernement sur le système politique qui devra gouverner le pays.
L'analyste iranien revient ensuite sur le cas des Etats-Unis : " il va sans dire que Washington cherche à s'approprier un grand atout dans la région. mais cet atout, ce n'est pas en Syrie qu'ils le recherchent mais bien en Irak. Les Etats-Unis disent vouloir réduire la marge de manœuvre de Daech en Irak. Certes, ce n'est pas pour rendre service aux Irakiens mais pour faire place nette à l'intention des forces américaines. Washington cherche à déplacer Daech de l'Irak vers la Syrie et à préparer Mossoul pour une implantation durable de son contingent. C'est sur l'axe reliant l'Irak à la Syrie que jouent les Américain avec en toile de fond un déplacement des terroristes de Daech de l'Irak vers la Syrie, ce qui rendra plus complexe la donne syrienne dans les mois à venir.
Le jeu sera donc plus difficile à jouer en Syrie, non seulement pour le gouvernement de Damas mais aussi pour la Russie, le Hezbollah et l'Iran. Les Etats-Unis ont tout fait pour multiplier les acteurs et mettre Poutine devant un défi complexe. En ce sens, la fédéralisation de la Syrie, plutôt qu'être un concept réalisable, est une tactique destinée à ôter de la Russie toute initiative et à la rendre stratégiquement borgne et paralytique.