Londres réoccupe le Yémen
La Grande-Bretagne vient de présenter un projet de loi au Conseil de sécurité condamnant l’Iran pour le prétendu trafic d’armes à destination du Yémen. Pourquoi ? Dans un article, le site d’information Al-Najm Al-Thaqib apporte des éléments de réponse.
La Grande-Bretagne, qui occupait depuis longtemps le sud du Yémen et avançait ainsi ses objectifs et intérêts dans ce pays, tente, actuellement, de concrétiser une nouvelle forme d’occupation par le biais des Émirats arabes unis et d’autres instruments arabes et locaux.
Les agissements de la Grande-Bretagne au Yémen notamment dans son secteur méridional, nous rappellent 128 ans de colonisation du pays et témoignent du fait que Londres n’abandonne jamais ses intérêts dans ce pays.
Le site d’information Al-Najm Al-Thaqib se penche dans un article sur le nouveau retour de Londres au Yémen et écrit : « La Grande-Bretagne retourne au Yémen… Correction des erreurs par des mécanismes locaux et arabes ».
« C’est à la Grande-Bretagne de résoudre les différends entre les pays arabes au sujet du Yémen. On dirait que le dossier yéménite est confié à Londres et les témoignages historiques le prouvent », écrit l’auteur de cet article.
Le 28 novembre 2017, la Grande-Bretagne a été l’hôte d’une réunion sur le Yémen sans que les Yéménites y soient représentés ! Par contre, le secrétaire au Foreign Office Boris Johnson et ses homologues saoudien, émirati et omanais, ainsi que le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires politiques Thomas Shannon et l’émissaire spécial de l’ONU pour le Yémen Ismaïl Ould Cheikh Ahmed et d’autres personnes dont les mains sont maculées de sang des Yéménites y étaient présents.
D’après certains médias, Londres ne cherche pas à trouver une solution pacifique à la crise yéménite afin de rendre service au peuple du Yémen; au contraire, au premier lieu il entend trouver un moyen pour faire sortir ses alliés du bourbier créé par les États-Unis et Israël au Yémen. Ensuite, il cherche à démembrer le Yémen en des États fédéraux indépendants. Les propos de l’ambassadeur britannique au Yémen viennent à l’appui de cette affirmation : « La séparation du sud du Yémen est finalement une affaire yéménite et les Yéménites doivent résoudre cette question par un dialogue pacifique. »
L’implication de Londres dans la guerre yéménite est manifeste et on ne peut fermer les yeux sur ses politiques basées sur la sournoise. La signature de nombreux contrats d’armements avec l’Arabie saoudite, la fourniture d’armes sophistiquées et même prohibées au régime de Riyad et l’attribution de couverture politique nécessaire à Riyad dans les milieux internationaux et auprès des institutions juridiques et humaines prouvent, toutes, l’implication de Londres dans cette guerre illégitime.
Le journal britannique « The Independent » fait allusion, dans un article, au niveau de la coopération militaire entre Riyad et Londres et écrit que depuis le début de la guerre au Yémen, le volume de contrats en armements entre Riyad et Londres a accusé une hausse de 500% et la valeur du commerce en armements depuis Londres à Riyad, durant les deux premières années de la guerre, s’est élevée à 4.6 milliards de dollars. Ces armements comprenaient également des bombes prohibées, ce qui constitue une violation flagrante du droit international.
Lors des négociations sur le Yémen, Londres et Washington soutenaient totalement l’Arabie saoudite et exerçaient des pressions sur Sanaa. Au Conseil de sécurité de l’ONU, ils ont toujours soutenu Riyad et empêché sa condamnation auprès des instances juridiques.
Plus loin dans son article, l’auteur s’attarde sur la convoitise britannique au Yémen et en particulier à Aden et écrit : « Depuis toujours, de nombreux pays convoitent Aden et maintenant rien n’a changé et ces pays-là cherchent à renforcer leurs bases dans la mer Rouge, le golfe d’Aden et à dominer l’océan Indien, car, ceci aboutira à la domination économique et politique de la région.
La position stratégique du golfe d'Aden, entre l’Inde et l’Europe en fait dès l’Antiquité un lieu d’échanges commerciaux importants.
La ville portuaire d’Aden a toujours été témoin de la présence de forces et de pays colonisateurs. Le rôle que joue, aujourd'hui, Abu Dhabi dans le sud du Yémen nous rappelle l’occupation de cette ville et des îles yéménites par la Grande-Bretagne.
La Grande-Bretagne commence à s’infiltrer au Yémen en occupant en 1799 l’île de Périm qui relie la mer Rouge au nord-ouest au golfe d’Aden au sud-est. Ensuite, vu l’importance stratégique d’Aden comme étant la clé de l’influence dans la mer Rouge, elle l’a occupée en 1839, en dépit de la vive résistance de ses habitants.
L’article souligne que le gouvernement britannique tente, aujourd’hui, de réoccuper Aden et les provinces méridionales du Yémen, avec la seule différence qu’il veut corriger ses erreurs du passé. À tire d’exemple, c’est le petit État émirati qui est en charge d’action militaire. Il a formé une « ceinture sécuritaire » à Aden, Abyan et Lahej au sud du Yémen, composée de plusieurs directions locales dans la région. La formation et l’équipement des armées locales se poursuivent dans certaines provinces.
Les activités des forces d'élite au Hadramout (sud-est) et celles de l’élite de Shabwa s’inscrivent toutes dans le sens des intérêts de la Grande-Bretagne et de sa politique consistant à corriger ses erreurs du passé pour retrouver sa place d’antan au Yémen, plus précisément après la Première Guerre mondiale où le général britannique Jacob a présenté le plan de la formation des forces yéménites locales en vue de réduire la pression sur des forces britanniques présentes dans le sud du Yémen.
Autrement dit, les Émirats arabes unis exécutent le plan britannique au Yémen et la Grande-Bretagne rattrape ses erreurs du passé en choisissant d’autres acteurs régionaux, en affaiblissant l’identité nationale yéménite et en démembrant ce pays.