Erdogan juge "trop tard" la visite de Kerry en Turquie
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Dans une interview exclusive au Monde, Recep Tayyip Erdogan juge "inacceptable" la passivité des Occidentaux après la tentative de putsch en Turquie.
(last modified 2020-01-04T06:21:36+00:00 )
Aug 09, 2016 09:47 UTC
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Dans une interview exclusive au Monde, Recep Tayyip Erdogan juge "inacceptable" la passivité des Occidentaux après la tentative de putsch en Turquie.

Après trois semaines de purges et de répressions post-putsch raté, le président Recep Tayyip Erdogan a accordé une longue interview au journal Le Monde, dans laquelle il évoque notamment la passivité des américains, les relations Turco-européennes ou encore le règlement du conflit syrien.

A la veille d'une rencontre avec Vladimir Poutine à Saint-Petersbourg, le président turc trace les contours d’une large rupture avec l’Union européenne sur la question migratoire comme sur celle des droits de l’homme.

"Le monde occidental a laissé la Turquie seule"

Une rupture consommée depuis la tentative de putsch d'une partie de l'armée turque. Erdogan ne digère pas ce qu'il appelle "le manque d'empathie" des dirigeants occidentaux pendant et après la nuit du 15 juillet.

"Pendant la tentative de putsch, une partie des leaders du monde occidental m’ont appelé au téléphone. Cela n’était pas suffisant", déplore le président turque avant de prendre l'exemple des attentats de Charlie Hebdo: "Nous comptons 240 martyrs et 2200 blessés. Le monde entier avait réagi à l’attaque contre Charlie Hebdo. Notre premier ministre s’était joint à la marche dans les rues de Paris. J’aurais souhaité que les leaders du monde occidental réagissent également à ce qui s’est passé en Turquie et qu’ils ne se contentent pas de quelques clichés pour condamner".

 
 

Sur la question, Erdogan fait le distinguo entre les occidentaux et la Russie de Vladimir Poutine qui, lui, ne l'a "pas critiqué sur le nombre de militaires ou de fonctionnaires limogés."

"Alors que tous les Européens m’ont demandé : pourquoi tant de militaires sont en détention, pourquoi tant de fonctionnaires ont été démis? (...) Au lieu de faire preuve d’empathie, les dirigeants occidentaux ont eu la réaction opposée. Cela nous attriste, c’est inacceptable", déplore-t-il.

"L'UE est la seule responsable et coupable"

Le président turc en profite pour revenir sur la situation de son pays vis-à-vis de l'Union européenne. Il juge notamment inacceptable l'attitude des dirigeants de 28 pays à l’égard de la Turquie. Pour lui, "l'UE est la seule responsable et coupable" des relations ambiguës qu'entretiennent Istanbul et Bruxelles.

"C’est aux membres de l’UE d’essayer de corriger leurs relations avec la Turquie. Cela fait cinquante-trois ans que nous sommes aux portes de l’Europe. L’UE est la seule responsable et coupable. Personne d’autre que la Turquie n’a été traité de cette manière", dénonce-t-il, avant de prendre l'exemple des migrants pour qualifier l'attitude de l'Europe de "pas sincère".

"Nous accueillons actuellement 3 millions de réfugiés alors que la seule préoccupation de l’UE est qu’ils n’arrivent pas sur son territoire. On nous a proposé d’accepter les réadmissions [de migrants venant de Turquie] en échange d’une exemption de visa pour les citoyens turcs. Nous sommes aujourd’hui en août et il n’y a toujours pas d’exemption de visas."

 
 

"Kerry va effectuer une visite en Turquie. C’est tard, trop tard"

Les Américains en prennent également pour leur grade. Vexé du fait que le président Obama refuse d'extrader Fethullah Gülen - qu'il considère comme le commanditaire de la tentative de putsch - Erdogan dénonce l'attitude de son allié.

"En vertu de notre partenariat stratégique, les Etats-Unis doivent extrader cette personne, puisque la Turquie a déjà extradé une dizaine de terroristes vers les Etats-Unis. Nous avons envoyé 85 caisses de documents aux Etats-Unis. J’espère (...) que le sentiment antiaméricain en Turquie se dissipera."

 
 

Et le président Erdogan de prendre un nouvel exemple pour fustiger l'attitude de ses alliés: "Lorsque le World Trade Center a été frappé, j’avais réagi tout de suite : j’avais condamné ces attaques, que j’avais qualifiées de crime terroriste. J’eus espéré que les responsables américains aient des paroles plus fortes et viennent en Turquie plus tôt. (...) Le 24 août, John Kerry va effectuer une visite en Turquie. C’est tard, trop tard. Cela nous attriste."