Bakou: une base "d'Israël" ciblée
En cherchant à compromettre les relations historiques Iran-Azerbaïdjan, l'axe Tel-Aviv/Ankara risque gros. Non seulement parce que l'Iran y est visé directement et
que sa sécurité et ses intérêts sont menacés par la présence militaire d'Israël d'une part et celle des terroristes daechistes de l'autre, mais surtout parce que le régime sioniste est un danger pour l'intégrité et la souveraineté, la liberté même du peuple azerbaïdjanais à qui il vole le pétrole, le gaz et la sécurité en échange d'ingérence, des armes de pacotille, parce que ses liens tentaculaires ont fait que le sionisme en Azerbaijan est une vertu et que le chiisme, un péché puisque le second s'oppose systématiquement au premier, et ceci, quand bien même les Azerbaïdjanais sont à 80% de confession chiite. D'où cette montée en puissance des ressentiments anti sionistes qu' Aliev et son laïcisme le veuillent ou pas, tend à s'amplifier. Ressentiments qui, dès 2015, ont même donné naissance en Syrie à l'une des composantes les moins connues de la Résistance, les Brigades des Husseiniyoun.
Dans la nuit de mardi au mercredi 13 octobre, affirme Sputnik, l'une des principales bases d'Israël en Azerbaïdjan aurait été prise pour cible d'une opération commando éclair par les combattants des Husseiniyoun: " Des éléments takfiristes et israéliens auraient été capturés lors de cette opération et transférés vers un lieu inconnu, dit l'agence soulignant qu'il s'agit du premier raid du genre à avoir visé les intérêts israéliens dans le Caucase du sud alors même que jusqu'ici Israël était relativement épargné en Azerbaïdjan. Les sources azerbaïdjanaises ou israéliennes n'ont pas réagi à cette information qui n'a pas été non plus commentée par les sources iraniennes. Si cette opération aurait effectivement eu lieu, cela signifierait que les quatre bases militaires dont dispose Israël en territoire azerbaïdjanais, dotées d'équipements d'espionnage et de surveillance auraient été infiltrées par la Résistance azerbaïdjanaise laquelle Resistance vient de déclarer la guerre à Israël. Récemment, des sources proches des Husseiniyoun ont publié un communiqué où elles ont dénoncé Israël pour avoir poussé Bakou vers une crise majeure dans ses liens avec Téhéran.
Dans un récent article Middle East Monitor revient sur le mouvement et sa naissance en pleine guerre anti Daech en Syrie.
Le symbole distinctif du poing fermé est devenu synonyme de divers mouvements révolutionnaires, sociaux et politiques à travers le monde. L'imagerie d'un poing tenant un fusil d'assaut est généralement associée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien et aux mouvements anti sioniste, tels que le Hezbollah libanais, les Ansarallah (Houthis) du Yémen et les Fatemiyoun et Zainebiyoun, composés d'Afghans et de Pakistanais, respectivement. L'on sait presque peu de choses sur le groupe - si ce n'est sa naissance en 2015 pendant le conflit syrien.
Certes, la principale préoccupation de l'Iran est la proximité croissante d'Israël avec les frontières de l'Iran via ses relations militaires et politiques avec l'Azerbaïdjan. L'Iran, a plus tôt cette semaine, dit catégoriquement qu'il ne tolérerait pas cette présence et a mis en garde contre tout changement géopolitique des frontières de la région surtout qu'il existe aussi l'inquiétude du déploiement de mercenaires pro Turquie d'origine syrienne soutenus par la Turquie en Azerbaïdjan.
Mais ces inquiétudes sont désormais partagées par une bonne partie de la population azerbaïdjanaise qui ne comprend pas pourquoi le régime Aliev souffle sur les braises envers l'Iran dont une bonne partie de la population est composée d'Azeris et dont le Guide a même des racines azerbaïdjanaises et que ce même régime fait tout jusqu'à prêter son territoire aux agressions et actes subversifs israéliens contre l'Iran. L'opération du 13 octobre devrait tirer la sonnette d'alarme pour Bakou.
Il sera très peu probable que les exercices militaires iraniens près de la frontière à la suite des jeux de guerre conjoints azerbaïdjanais-turcs-pakistanais du mois dernier conduisent à une escalade que la diplomatie moderne ne sera pas en mesure de désamorcer. Cependant, à en juger par la pensée stratégique et la politique étrangère iraniennes, de telles démonstrations sont insuffisantes pour servir de dissuasion ou pour protéger les intérêts iraniens et ses frontières contre des éléments étrangers hostiles.
En tant que tel, Téhéran peut constater qu'il s'appuie sur une politique cohérente et efficace de financement de groupes d'opposition subversifs ou de soutien à des factions armées sous l'égide de l'Axe de la Résistance. Par exemple, en 2012, les autorités azéries ont condamné 22 membres d'un réseau illicite géré par les pasdarans qui ont été reconnus coupables de complot en vue de perpétrer des attaques terroristes contre des cibles israéliennes et occidentales. Autre que l'Irak, l'Azerbaïdjan, étant un pays à majorité chiite, serait unique par rapport à l'implication de l'Iran dans d'autres pays, mais aussi en raison des attitudes progressistes envers la religion dans le pays.
Pourtant, de toute évidence, il y a eu un recrutement actif en conjonction avec les intérêts iraniens, et les sentiments religieux et politiques ne sont bien sûr pas monolithiques. Une vidéo non datée qui a circulé sur les réseaux sociaux plus tôt cette année montrait ce qui semblait être deux soldats azerbaïdjanais brûlant les drapeaux américain et israélien tout en exprimant leur allégeance au Leader iranien, l'ayatollah Sayyed Ali Khamenei.
Toute autre provocation perçue par Téhéran en Azerbaïdjan peut ne pas conduire à un conflit au sens conventionnel du terme, mais l'émergence des Huseynyoun est un indicateur que l'Iran a des options pour affronter ses ennemis de l'autre côté de la frontière dans le Caucase par des moyens non conventionnels.