Iran : Riyad veut la coexistence, vraiment?
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Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran a réagi aux remarques du prince héritier saoudien sur les relations Téhéran/Riyad qui pourraient avoir des impacts majeurs dans la région du Moyen-Orient.
(last modified 2022-03-05T15:59:23+00:00 )
Mar 05, 2022 15:56 UTC
  • Iran : Riyad veut la coexistence, vraiment?

Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran a réagi aux remarques du prince héritier saoudien sur les relations Téhéran/Riyad qui pourraient avoir des impacts majeurs dans la région du Moyen-Orient.

« La participation active de l'Iran aux pourparlers bilatéraux avec l'Arabie saoudite, organisés par l'Irak, découle de la stratégie de principe de la République islamique consistant à coopérer avec ses voisins sur la base de la sécurisation des intérêts bilatéraux et régionaux », a indiqué Ali Chamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran dans un tweet publié ce samedi 5 mars, sur les pourparlers Téhéran/Riyad.

Réagissant aux remarques du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, sur les relations avec le régime sioniste, il a noté : « il ne faut pas oublier que le régime sioniste est le plus grand ennemi du monde islamique et du monde arabe. »

Il convient de noter qu’au bout de quatre séries de pourparlers entre l'Iran et l'Arabie saoudite, organisées par l'Irak, le prince héritier saoudien, tout en reconnaissant qu'il cherchait des moyens de coexister avec l'Iran en tant que voisin, a déclaré qu'il ne considérait pas Israël comme un ennemi et que le régime sioniste serait probablement un allié de l'Arabie saoudite à l'avenir.

Mais les facteurs de tension Iran/Arabie se sont-ils réellement estompés ? En effet, les facteurs conflictuels entre l'Iran et l'Arabie saoudite n'ont pas été résolus en raison de l'absence de changement dans les opinions de principe des deux gouvernements. Ce qui a donné lieu à la nouvelle tendance c'est la consolidation de facteurs contradictoires. Avec la formation de l'axe de Résistance, les deux éléments de « vision révolutionnaire » et « d'identité chiite » de l'Iran se sont établis presque simultanément dans la région et ont défié l'Arabie saoudite de plusieurs manières.

Les faits montrent que Riyad n'est pas en mesure de nuire à l’axe de la Résistance, et la poursuite du conflit en cours avec pourrait avoir des conséquences pires pour Riyad que la situation actuelle. Les Saoudiens ont donc décidé de conclure un cessez-le-feu avec l’axe de la Résistance afin de réduire l’escalade des tensions, qui pourrait être préjudiciable à l'existence du régime saoudien.

Les raisons pour lesquelles Riyad se rapproche de l’Iran

En raison de ses échecs généralisés dans la région aujourd'hui, l'Arabie saoudite doit réparer ses relations avec l'Iran pour de nombreuses raisons qui comprenant un large éventail de problèmes économiques, politiques et psychologiques qui sont décrits comme suit :

1- 700 milliards de dollars de dépenses infructueuses au Yémen

La guerre au Yémen a coûté trop cher à l'Arabie saoudite. Les Saoudiens ont placé le pays sous siège aérien, maritime et terrestre pour empêcher les Yéménites d'avoir accès aux armes, à la nourriture et aux médicaments. Le maintien du siège nécessite une grande chaîne de dispositifs de repérage tels que des radars, des satellites, des drones et des systèmes optiques qui doivent être soutenus par des sous-marins, des chasseurs et des forces terrestres. Lorsqu'un convoi entre sur la côte yéménite depuis la frontière maritime et se rend à destination par des routes terrestres, il doit être contrôlé sur bien plus d’une seule ligne. Riyad ne peut pas seulement exercer sa surveillance terrestre pour assiéger le Yémen à moins de 700 km des côtes, car malgré la surveillance, une partie importante des marchandises traverse le littoral, et les Saoudiens ont besoin de systèmes de surveillance mis en place au plus profond du Yémen pour les détecter.

De plus, les Saoudiens doivent protéger leurs 1 458 km de frontières avec le Yémen afin de prévenir toute infiltration et mener la guerre à l’intérieur du pays en finançant les activités du gouvernement démissionnaire de Mansour Hadi dans le sud ainsi que celles des partis et tribus influents yéménites. S’y ajoutent les mercenaires à la solde de Riyad qui sont soutenus par l'armée de l'air saoudienne. La part apparente des dépenses militaires saoudiennes dans la guerre au Yémen jusqu’en 2022 est estimée à environ 700 milliards de dollars soit 100 milliards de dollars par an. Mais ces coûts infligés à Riyad pour combattre la Résistance ne s’arrêtent pas là et dépassent la guerre qu’il mène contre le Yémen.

2- Dommages causés par les frappes de drones et de missiles de la Résistance yéménite

Riyad confirme que les forces armées yéménites ont mené plus de 4 000 attaques sur le sol saoudien depuis le début de l’invasion de la Ligue arabe contre le Yémen en mars 2015. Ces attaques impliquent un large éventail de mesures offensives qui vont des frappes de drones, de missiles et de roquettes jusqu’aux opérations d’artilleries. Rien qu’au cours des neuf premiers mois de l’année 2021, 702 attaques ont été menées sur le sol saoudien, selon les statistiques. Les attaques ont été extrêmement préjudiciables à l'Arabie saoudite : la destruction et la reconstruction d'installations sensibles et coûteuses entravent la voie que l'Arabie saoudite a tracée pour son avenir et évoluer à long terme vers une économie non pétrolière basée sur le développement des centres scientifiques, les villes industrielles et du tourisme.

Les attaques constantes du Yémen contre l'Arabie saoudite constituent un obstacle important aux investisseurs et aux entreprises internationales qui sont désormais moins enclins à être présents dans les pays exposés aux attaques de missiles de même que les touristes ne mettent pas le pied dans les pays dont les installations et les aéroports importants sont constamment sous le feu des missiles et des drones.

3- L'affaiblissement du statut international de l'Arabie saoudite 

Le conflit de l'Arabie saoudite avec ses rivaux, y compris l'axe de la Résistance et même l'axe Turquie-Qatar, a gravement endommagé l'image de Riyad auprès de l'opinion publique mondiale en raison de son recours aveugle à la violence flagrante. L'envoi de plus de 5 000 kamikazes en Irak et l'escalade des guerres de religion dans ce pays, le soutien de groupes terroristes en Syrie et les bombardements ultérieurs de civils dans la guerre au Yémen ont conduit à de fortes contestations populaires et politiques contre le pays, même en Occident. La preuve en est que même les États-Unis, en tant que le plus grand allié du royaume des wahhabites, ont tenté à plusieurs reprises de se distancier des Saoudiens par le biais des membres du Congrès. La pression était si intense que Washington a annoncé avoir cessé de soutenir Riyad dans la guerre au Yémen après l'entrée en fonction de Joe Biden en 2021.