Ukraine: la victoire russe...
Trois mois après le début du conflit, l’Occident essaie de s’adapter à une réalité de terrain qu’il s’est attaché pendant des mois à nier : l’armée russe gagne la guerre !
En effet il est bien clair que la Russie a réussi son opération, qu'elle a cherché pendant longtemps à éviter et ce, de diverses manières, mais n'y étant pas parvenue, elle a fini par la lancer, opération parsemée de quelques défauts mais accomplit deux réalisations majeures : la première consiste à barrer la route à l'Ukraine dans sa quête d’adhésion à l'OTAN, une perspective pleine de risques et menaces pour la sécurité russe.
Quant à la seconde réalisation, c’est l'indépendance même de la région du Donbas qui est désormais une réalité. Et qu’on n’oublie surtout pas en passant ces deux républiques de Donetsk et de Lougansk, où Kiev ne tient qu’un cinquième de la superficie mais où la Russie fait tout pour le lui faire perdre tout en fournissant aux populations de quoi renforcer leur indépendance. Ce n'est donc qu'une question de temps, rien qu’au regard du feu d’artillerie mortelle russe qui s’abat sur les positions ukrainiennes, un feu qui au début de la guerre servait de motif à la dérision mais dont The News York Times finit par reconnaître la puissance quand il écrit dans l’un de ses récents numéros :
« Sous le feu de l’arsenal à longue portée de la Russie et face à un besoin désespéré de munitions et d’armes, les forces ukrainiennes restent dépassées sur le long front oriental, qui est très marqué, selon les analystes militaires, les responsables ukrainiens et les soldats sur le terrain… En effet, la doctrine « occidentale », qui est essentiellement américaine, est mise sur la suprématie aérienne. Les défenses aériennes de l’ennemi sont détruites dans les premiers jours de la guerre. Ensuite, les formations ennemies sont anéanties par l’application d’une énorme quantité de bombardements aériens contre elles. Mais la doctrine russe, elle, n’a jamais cru à la suprématie aérienne, la Russie elle-même disposant d’excellentes défenses aériennes, mais se penchant pour détruire les formations ennemies, sur l’artillerie, beaucoup d’artillerie ».
Or un pareil aveu remet entièrement en cause cet autre versant de la stratégie anti Russie de l’Occident qui cherchait sournoisement à traîner la Russie dans une guerre d’usure. Comment a fait la Russie pour échapper à un enlisement dont la perspective plane désormais sur ses ennemis ?
Elle a adopté une stratégie souple basée sur le contrôle des fronts, stratégie qui a évité autant que faire se peut, les bruits de la guerre tout en s'abstenant d'engager les principales forces sur le terrain, et tout en évitant les troubles militaires, quitte à ne pas s'étendre sur les champs de bataille, en particulier ceux des terrains qui nécessitent de longues lignes de ravitaillement, une stratégie axée enfin sur une méthode de siège partiel ou complet, de sorte qu'un siège souple couplé à une menace sérieuse parvienne à empêcher l'Ukraine de restaurer les éléments de sa force et de sa structure militaire et économique.
Cette méthode a diablement réussi à limiter la portée de la colossale assistance militaire fournie par l’Occident à l’Ukraine qui à l’heure qu’il est, n’a toujours pas osé de livrer a Kiev des armes stratégiques offensives à longue portée car il le sait, les Russes, abreuvés à l’expérience de combat asymétrique de l’Iran face aux Américains avec des moments forts comme l’attaque contre Ain al-Asad en Irak ou al-Tanf en Syrie, n’hésiteraient pas à s’en prendre aux bases américaines dans la région voire à travers l’Europe vu que leur arsenal le leur permet amplement.
Tout ceci équivaut à une attrition anti Ukraine mais aussi anti occident sans commune mesure et ce d’autant plus que les sanctions économiques, bancaires et financières contre la Russie fonctionnent si peu que la présidente de la Commission européenne reconnaît s’être ralliée à l’absence d’embargo sur le pétrole russe et le fait que la Russie est en train de gagner le rôle central dans les exportations mondiales de blé tandis que les revenus qu’elle tire des hydrocarbures ne cessent d’augmenter.
Avia.pro site proche de la défense russe parle même des complexes M-142 HIMARS avec des munitions MFOM vers l'Ukraine qui ne pénétreraient pas la Russie en profondeur mais n’en resteraient pas moins paralysant surtout s’ils sont équipées de sous munition :
« L'Ukraine recevra de nouveaux lots de missiles de haute précision avec une portée plus longue que celle dont disposent actuellement les Ukrainiens, mais pas de missiles capables d'infliger une frappe en profondeur à la Russie. Tous les MLRS n'ont pas les mêmes capacités. Envoyer un système avec un rayon plus petit vaut mieux que rien du tout », a déclaré l’ex ambassadeur US en Russie Michael McFaul, faisant référence à la société "Lockheed Martin".
Même les Israéliens s’y sont mis en brandissant leur « Spear bleu », missile anti navire de 400 km de portée. Peut-on éviter aux navires russes de pareils scénarios ? Il semblerait que la marine russe n’en est pas sur, elle qui s’en tient désormais à presser la Turquie à fermer le passage de la Méditerranée a la mer Noire. Ce samedi 30 avril l’aviation russe a lancé des raids directs contre l’armée turque à Hassaké en Syrie, primo pour le punir d’avoir en tête l’idée de la reconquête d’Alep et secundo pour le forcer à appliquer la convention de Montreux et bloquer la voix à un méga exercice de l’OTAN en mer Noire. En effet, en application de la Convention de Montreux (1936), la Turquie vient d’interdire aux navires de l’Otan participant à l’exercice Ramstein Legacy 2022, de franchir les détroits.
Il y a quelques temps, les concepteurs militaires iraniens livraient à la force navale du CGRI iranien quelques 188 drones et hélicoptères tout en exposant un concept de guerre de mer parfaitement nouveau, celui d'attaques simultanées aéronavales ou en d'autres termes, d'attaques à effectuer par des essaims de vedettes rapides équipées de drones. Les images mettaient ainsi en scène des drones iraniens de type Ababil-2 embarqués sur des vedettes rapides de troisième génération, ce qui donne lieu à une combinaison particulièrement économique en termes de coût et de pertinence, puisque mariant les nuées de drones et les essaims de vedettes rapides!
Introduit dans les années 2000, l'Ababil-2, d’une portée de 150 km et d’une endurance de 2 heures, survole la surface à une altitude de 11 000 pieds pour une vitesse maximale de 250 km/h. Il es conçu pour lancer des opérations de reconnaissance et kamikaze.
Ce drone peut être utilisé aussi bien pour mettre à repleuve les systèmes radar que comme une pseudo-cible avec pour mission de leurrer les unités de défense aérienne de l’ennemi. C'est un drone particulièrement maniable puisque capable d'être lancé depuis même de petites camionnettes. Son montage rapide et sa flexibilité font de lui une excellente arme en milieu marin, surtout qu'il est recyclable.
Or Ababil-2 est embarqué à bord des vedettes rapides, cela veut dire que dans une scène de combat réel, des nuées composées de centaines de vedettes rapides dotés d'autant de drones, s'en prendront à des cibles maritimes. Un pareil schéma pourrait même faire partie d’une doctrine anti-accès et anti-déni (A2/AD) dont la Russie a besoin en mer Noire : tandis qu'une partie de drones détectera des données, une autre partie lancera des opérations kamikazes et ce sur fond d’assauts des vedettes rapides qui peuvent être à la fois pigées ou équipées de missiles de croisière anti-navire. Avouons que c’est infiniment plus efficace qu’un Moskova s’exposant au barrage de feu ennemi. La guerre au sol, la Russie l’a gagnée. La guerre navale, elle reste à être remportée...