Le droit de veto paralyse-t-il le Conseil de sécurité de l'ONU ?
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Pars Today – Le droit de veto est l'une des prérogatives les plus controversées dont disposent les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.
(last modified 2026-01-31T06:32:50+00:00 )
Sep 30, 2025 00:11 UTC
  • Le veto : une prison pour le Conseil de sécurité de l\\\\\\\'ONU
    Le veto : une prison pour le Conseil de sécurité de l\\\\\\\'ONU

Pars Today – Le droit de veto est l'une des prérogatives les plus controversées dont disposent les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Le droit de veto, détenu par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni), confère à chacun d'eux le pouvoir de bloquer toute résolution ou décision opérationnelle de ce Conseil, et ce, quel que soit le niveau de soutien dont elle bénéficie de la part des autres pays.

Ses défenseurs y voient un outil essentiel pour préserver la stabilité et empêcher les conflits entre les grandes puissances. Pourtant, de nombreux arguments solides démontrent que le droit de veto est une prérogative injuste, contraire aux principes fondamentaux que sont l'égalité souveraine des États, la redevabilité et l'État de droit. Cette question peut être analysée selon plusieurs axes majeurs.

1. La violation du principe de l'égalité souveraine des États

La Charte des Nations Unies est fondée sur « l'égalité souveraine de tous ses Membres ». Pourtant, le droit de veto viole ce principe de manière fondamentale. Ce privilège divise le monde en deux catégories : cinq pays « de premier ordre » disposant d'un pouvoir absolu pour entraver toute action internationale, et les 188 autres membres de l'ONU, dont la souveraineté est incomplète et limitée face à ces cinq puissances.

Ce système a instauré une structure oligarchique – où le pouvoir est concentré entre les mains d'une poignée d'États – au sein même de la plus importante institution sécuritaire mondiale. Il permet aux intérêts nationaux de cinq pays de prévaloir sur la volonté et les aspirations de la grande majorité de la communauté internationale.

2. Paralyser l'action internationale nécessaire en temps de crise

L'histoire du Conseil de sécurité des Nations Unies montre que ses membres permanents ont, à de multiples reprises, utilisé leur droit de veto pour empêcher le Conseil de prendre les mesures nécessaires afin de prévenir des catastrophes humanitaires, de mettre fin à des guerres ou de poursuivre des criminels de guerre. Les exemples historiques témoignent de cette injustice.

Parmi les cinq membres permanents, les États-Unis sont ceux qui ont le plus recouru à leur droit de veto. De 1945 à décembre 2023, ils ont opposé leur veto à des résolutions du Conseil de sécurité à 89 reprises, et 45 de ces vetos (soit plus de la moitié) concernaient directement des projets de résolution relatifs au régime sioniste.

- Crise palestinienne : Les États-Unis ont systématiquement utilisé leur droit de veto pour protéger leur allié stratégique, Israël, bloquant toute résolution visant à condamner ou à exiger l'arrêt de la colonisation. De même, tout au long des deux années de guerre à Gaza, Washington a à plusieurs reprises opposé son veto pour empêcher la condamnation du régime sioniste ou toute demande de cessez-le-feu.

- Crise au Rwanda : Pendant le génocide rwandais de 1994, les États-Unis se sont opposés à l'adoption de résolutions visant à renforcer la mission de maintien de la paix et à empêcher les massacres, contribuant ainsi à l'aggravation de la tragédie.

Ces exemples illustrent clairement comment les intérêts géopolitiques d'un seul pays peuvent entraver la sauvegarde de milliers, voire de millions, de vies innocentes.

3. L'impunité et l'affaiblissement de l'État de droit

Le droit de veto confère de facto une immunité aux cinq puissances nucléaires. Ces pays peuvent poursuivre leurs actions sans craindre de mesures internationales officielles de la part du Conseil de sécurité. L'exemple le plus frappant reste l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003 : malgré une condamnation internationale largement partagée, la menace du veto a empêché l'adoption de toute résolution exécutive forte du Conseil de sécurité contre cette intervention.

Cette réalité sape le principe de l'État de droit, pourtant pierre angulaire de l'ordre international, et envoie un message clair : les puissants sont au-dessus des lois.

4. Le reflet de l'équilibre des pouvoirs de 1945, et non du monde contemporain

Le droit de veto est une relique de l'ordre mondial issu de la Seconde Guerre mondiale. Le monde d'aujourd'hui n'est plus comparable à celui de 1945, l'année de la création de l'ONU. L'émergence de nouvelles puissances économiques et politiques comme l'Inde, le Brésil, l'Allemagne, le Japon, l'Afrique du Sud et le Nigéria, ainsi que le rôle croissant d'unions telles que l'Union africaine (UA), rendent plus évidente que jamais la nécessité d'une réforme du Conseil de sécurité.

Le maintien de ce monopole du pouvoir entre les mains de cinq pays nie toute représentation véritable de la communauté internationale et remet en cause la légitimité du Conseil de sécurité ainsi que celle des Nations Unies elles-mêmes.

5. Un instrument de promotion des intérêts nationaux au détriment de l'intérêt collectif

En théorie, le droit de veto fut conçu pour préserver les intérêts communs de la communauté internationale et empêcher les actions unilatérales. En pratique, il est presque systématiquement utilisé par ses détenteurs comme un levier pour faire avancer leurs seuls intérêts nationaux.

Cette pratique dénature l'essence même du multilatéralisme et transforme le Conseil de sécurité en une arène où s'affrontent les grandes puissances, plutôt qu'en un forum voué au règlement pacifique des différends.

Synthèse

La question de la réforme structurelle des Nations Unies pour les adapter aux nouvelles réalités internationales, et notamment l'abolition du droit de veto des cinq puissances au Conseil de sécurité, est l'un des enjeux les plus sérieux concernant la modernisation de la plus grande organisation internationale.

En effet, face aux transformations profondes de la scène internationale et à l'émergence de nouvelles puissances, de nombreux pays réclament l'adhésion de nouveaux membres permanents au Conseil de sécurité, que ce soit sur une base régionale ou autre.

Bien qu'une abolition pure et simple du droit de veto semble irréaliste à court terme – puisqu'elle nécessiterait l'approbation des cinq membres permanents eux-mêmes – la pression en faveur de réformes pourrait emprunter les voies suivantes :

Une auto-limitation du veto en cas de crises humanitaires : Les détenteurs du veto pourraient s'engager volontairement à ne pas l'utiliser dans des situations de génocide, de crimes contre l'humanité ou de nettoyage ethnique.

L'élargissement du Conseil de sécurité : Une réforme viserait à inclure de nouvelles puissances régionales en tant que membres permanents, afin d'améliorer la représentativité du Conseil.

Le renforcement du rôle de l'Assemblée générale : Il s'agirait de donner plus de poids aux résolutions « L'Union pour le maintien de la paix ». Ce mécanisme permet à l'Assemblée générale de recommander une action lorsque le Conseil de sécurité se trouve paralysé.

En définitive, tant que le droit de veto subsistera dans sa forme actuelle, l'Organisation des Nations Unies ne pourra prétendre représenter véritablement toutes les nations ni être la gardienne de la justice et de l'égalité à l'échelle mondiale. Ce privilège projette une ombre d'injustice sur la prise de décision internationale et compromet les idéaux élevés énoncés dans la Charte des Nations Unies.

Cette situation persiste alors qu'une majorité de la communauté internationale réclame des réformes structurelles du Conseil de sécurité, notamment l'abolition du droit de veto et l'ajout de nouveaux membres permanents. Pourtant, les perspectives de changement restent peu encourageantes. Cette impasse s'explique principalement par l'opposition des membres permanents à toute limitation de leurs prérogatives, et par l'absence de consensus sur l'identité des futurs membres permanents.