Est-il temps pour Ankara de renouer avec Damas ?
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Certains analystes estiment que le président turc doit d'abord franchir les portes de la Syrie afin de remporter le scrutin présidentiel et rétablir les liens avec les pays arabes. Des sources turques ont récemment rapporté les tentatives d’Ankara de relancer les relations avec Damas ; elles n’ont pas par ailleurs écarté une possible normalisation des relations entre les deux voisins.
(last modified 2024-06-10T14:40:49+00:00 )
Apr 13, 2022 06:45 UTC
  • Est-il temps pour Ankara de renouer avec Damas ?

Certains analystes estiment que le président turc doit d'abord franchir les portes de la Syrie afin de remporter le scrutin présidentiel et rétablir les liens avec les pays arabes. Des sources turques ont récemment rapporté les tentatives d’Ankara de relancer les relations avec Damas ; elles n’ont pas par ailleurs écarté une possible normalisation des relations entre les deux voisins.

Al-Mayadeen a récemment rapporté que les révélations de la presse suite à la récente visite du président syrien Bachar Assad aux Emirats arabes unis s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle approche d'Ankara pour normaliser ses relations avec Damas.

Le journal Hürriyet a prétendu dans une note qu'Ankara avait envoyé des messages à Damas – avant la récente visite du président Assad aux Émirats arabes unis – lequel se réfère aux pourparlers au sein du gouvernement d’Erdogan pour reprendre les relations avec le voisin oriental. Dans ses messages, Ankara appelle Damas à saisir l'opportunité de la guerre russe en Ukraine pour baliser le terrain pour normaliser les rapports entre les deux voisins.

Le rapport poursuit que dans tous ses contacts avec le gouvernement syrien Damas, Ankara a mis l'accent sur trois choses : la protection de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Syrie, la garantie de la sécurité des réfugiés syriens qui regagnent leur pays et les activités des éléments du parti des travailleurs du Kurdistan, abrégé PKK.

Al-Mayadeen a par la suite posé la question de savoir si, malgré le refus par le ministère syrien des Affaires étrangères des rumeurs autour des signaux envoyés par Ankara au gouvernement syrien, on peut se montrer optimiste à l’égard des normalisations des deux pays.

Le journal libanais précise : « En dépit des catastrophes causées par les politiques turques, leur poursuite a eu un impact négatif sur le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et le parti au pouvoir au niveau national. Le passage de la Turquie du soft power au hard power pour dominer la région a conduit à l'intervention des puissances alliées de Damas et des pays touchés par la politique du gouvernement d’Erdogan. »

« L'intervention militaire de la Turquie en Syrie a, ajoute le rapport, sapé l'économie sans précédent de la Turquie, terni l'image d'Erdogan et affaibli le pouvoir d’achat du peuple turc, à tel point que la côte de popularité d’Erdogan a baissé, diminuant ses chances dans les prochaines présidentielles en 2023. »

Al-Mayadeen note par ailleurs que toutes ces conséquences ont conduit le président turc à redéfinir sa politique dans toute la région et à essayer de revenir à la stratégie « zéro problème », et cela, alors que les politiques expansionnistes d'Erdogan et la corruption interne ont causé la baisse de sa popularité en Turquie. Dans une telle conjoncture, la Turquie doit faire des compromis avec les Émirats arabes unis, l'Égypte, l'Arabie saoudite et Tel-Aviv en vue de réaliser de futurs changements.

Un retour des Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien pourrait de son côté avoir des conséquences négatives sur les aspirations régionales d’Ankara. La poursuite des stratégies précédentes ne peut pas être efficiente pour le président Erdogan. La seule façon d'interagir à nouveau avec le monde arabe n'est pas par la porte syrienne.

Al-Mayadeen évoque un autre problème d’Erdogan rencontre avant la nouvelle élection présidentielle : le dossier des réfugiés syriens, dont il a beaucoup abusé dans le passé et qui est maintenant devenu un levier de pression contre lui à l'intérieur du pays. Maintenant, il doit renvoyer au moins la moitié d'entre eux en Syrie avant la fin septembre de 2022, autrement dit avant la prochaine élection présidentielle, ce qui apparaît nécessaire pour un changement de stratégie.

Le troisième problème auquel le président turc fait face, est les activités des kurdes partisans d’Abdallah Öcalan dans le nord de la Syrie et le sud-est de la Turquie et ce que le Parti démocratique populaire peut offrir à ses rivaux lors des prochaines élections. Dans une telle situation, Il lui incombe donc de normaliser avec son homologue syrien pour résoudre la crise en cours avec les Kurdes.

Al-Mayadeen révèle également que Damas n'a pas démenti au plus haut niveau diplomatique des révélations sur la possibilité de relancer les relations Damas-Ankara, puisque Damas sait peut-être que sans la Turquie, il n'y aura pas de stabilité et de paix en Syrie, tout comme la Turquie n'aurait aucun rôle réel dans la réconciliation de la région sans la Syrie.

« Le fait est que le rétablissement des relations entre la Turquie et la Syrie est inévitable ; mais il y a inévitablement de nombreuses conditions de la part des Syriens qu'Ankara n'a pas d'autre choix que de respecter », conclut la source.