Trêve en Syrie : le "sultan" de retour
C'est sous faux prétexte de combattre Daech que l'armée turque a débarqué dans zone longue de 80 kilomètres et située à 24 kilomètres à l'intérieur de la Syrie : cette zone s'étend de Jarablus à Azaz et longe toute la partie nord de la province d'Alep .
Ankara a poussé les kurdes à quitter l'ouest de l'Euphrate sur fond de désaccord avec les Américains. Ceci dit, la Turquie ne cache pas son désir de se diriger droit vers la ville d'Al Bab à 40 kilomètres du nord d'Alep pour lancer à partir d'elle une " opération conjointe avec Washington contre Raqqa", bastion des terroristes de Daech.
Les retrouvailles Turquie/Otan à Inçirlik, la prise de position du Secrétaire général de l'Otan en faveur d'Ankara et de son opération dans le nord d'Alep prouvent que le scénario qui se joue en ce moment en Syrie va bien au delà de la parodique lutte contre Daech ou encore contre les ambitions indépendantistes des Kurdes: pour dire la vérité, les frontières turco-syriennes se sont transformées en de zones de tensions entre la Russie d'une part et l'Otan et les Etats Unis de l'autre.
Le projet kurde, si cher aux Américains semble désormais en rade ; Washington aime mieux, à ce qu'il parait, parier sur le facteur turc : Les évolutions en cours au sud d'Alep, ainsi que dans le nord de la province de Hama, la rupture de la route stratégique de Castillo et avec tout ceci, l'encerclement totale des terroristes dans l'Est d'Alep donne de quoi à être plus prudent . D'autant plus que les combats font rage dans la banlieue de Damas, que les forces syriennes et leurs alliés continuent à avancer dans le sud de la Syrie, à Deraa et que la Russie met une double pression pour que les Etats Unis cessent son jeu trouble et qu'ils distinguent enfin les vrais terroristes. Il vaudrait mieux donc de compter sur la Turquie, pour ce qui est des évolutions dans le nord syrien.
Or paralysé par une cécité stratégique incroyable, la Turquie s'est fait piégée : Elle s'est engagé dans le bourbier syrien en se mêlant des combats dans l'Est d'Alep et en cherchant à sa manière à "rouvrir une voie de communication pour les terroristes depuis la Syrie vers la Turquie"; C'est ce levier de pression turc qui a fini par convaincre Poutine de jeter du leste à Genève.
Car force est de constater que ce jeu du chat de la souris que mènent depuis 5 ans les Etats Unis contre Daech et CIE a perdu toute efficacité stratégique . C'est sans doute un moyen tactique efficace que de vouloir s'infiltrer au cœur des territoires souverains au nom de la lutte contre les terroristes mais l'efficacité en reste là et ne va plus loin. Face à la fulgurante avancée de l'axe de la Résistance sur la quasi totalité des fronts, les Etats Unis ont donc été amenés à introduire un nouvel acteur sur la scène syrienne, quitte à envoyer un message claire aux russes
Cet acteur s'appelle Erdogan, homme qui à la faveur du coup d'état raté du 15 juillet s'est attiré la sympathie de ses ennemis et qui à présent se dit prêt à "former une zone tampon dans le nord de la Syrie", à s'engager dans la bataille pour la libération de " Raqqa " ou encore " Mossoul".
Un simple regard sur l'arsenal logistique que l'Otan met en ce moment au point sur les frontières turco-syriennes conjugué à la présence désormais manifeste de l'Allemagne ne laissent aucun doute : l'Otan est sur le point d'assurer un soutien militaire au nouvel aventurisme d'Erdogan en Syrie . Il est fort possible que la Turquie finisse très rapidement par décréter une zone d'exclusion aérienne ou tampon dans le nord de la Syrie. Le front de combat otanien contre la Russie n'est donc plus désormais l'Ukraine mais bel et bien la Syrie.
La trêve que les Etats Unis ont arraché samedi soir à Genève, vise en réalité à endiguer les opérations cruciales des unités militaires syriennes, russes, et de la Résistance contre les terroristes. Il s'agit encore une fois de restaurer les rangs quasi défaits de ces derniers et partant de justifier le face à face de la Turquie avec ces derniers aussi bien à Raqqa que dans le nord d'Alep. Dès lors, les terroristes auront à se replier à Hama, là où l'armée syrienne et ses allié ont déjà presque gagné la guerre.
Genève n'a jamais été porteur de paix! Toute trêve venu de là contient en soi les germes d'une escalade du conflit. Ankara désormais directement impliqué, il ne reste aux Etats Unis que de faire débarquer les troupes saoudiennes en Syrie, via les frontières sud pour concrétiser ce qu'ils ont qualifié dans la foulée du 11 septembre 2001, " chaos généralisé au Moyen Orient".