Syrie: Israël/Iran, le choc frontal?
Alors que l'ancien chef d'état-major adjoint israélien Yaïr Golan a récemment reconnu à Washington l'incapacité d'Israël à vaincre militairement l'Iran, s'il n'est pas appuyé par Washington , le Wall Street Journal vient de publier un article significatif.
Le quotidien américain proche des milieux d’affaires pro-israéliens, réclame que les États-Unis « sortent de leur torpeur » et intercèdent en Syrie en faveur d’Israël pour « endiguer l’Iran ». Il est vrai que les défaites consécutives des terroristes de Daech ont largement desservi les intérêts de Tel-Aviv qui comptait sur la guerre pour provoquer une implosion de la Syrie et de son armée, indispensable à la réalisation des plans expansionnistes d’Israël au Moyen-Orient.
L’article dit :
« La prochaine guerre au Moyen-Orient est pour bientôt et elle aura lieu entre l'Iran et Israël, prédit Wall Street Journal. La fin de Daech en Syrie n'apportera pas forcément plus de stabilité à la Syrie, car les intérêts américains ne sauraient pas se passer si facilement de Daech. Au contraire, la disparition de ce dernier renforcera nettement les chances d'une guerre par procuration voire d'une confrontation directe entre Israël et l'Iran.
" Si les États-Unis ne veulent pas avoir à s'impliquer dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, il leur faudrait une stratégie d'endiguement à l'égard de l'Iran en Syrie, estime le journal.
Le journal revient sur l'attaque aux missiles du jeudi 7 septembre qu'a effectuée Israël contre la base de Maysaf dans la périphérie de Hama, attaque qui a suscité de nombreux commentaires et analyses. Certaines de ces analyses entrevoient à travers cette frappe, « l’expression de la peur et de l’inquiétude d’Israël » suscitée par la perspective d’un retour de la stabilité en Syrie qui se traduirait par « une montée en puissance de l’Iran ».
En ce sens, tandis que d’aucuns prévoient d’ors et déjà une victoire de l’armée syrienne dans sa guerre contre Daech, d’autres estiment que cette victoire-là marquerait le début des conflits dévastateurs, conflits dont l’axe tournerait autour d’Israël et de l’Iran. Wall Street Journal fait partie des journaux qui qualifient l’attaque aux missiles du jeudi dernier contre Maysaf de « signe avant-coureur du conflit plus grand » qui sera « bientôt » déclenché entre l’Iran et Israël.
« Un site militaire syrien a été pris pour cible jeudi des chasseurs bombardiers israéliens qui ont tiré des missiles depuis le ciel libanais. Cette attaque tire la sonnette d’alarme autant pour le régime syrien que pour le président américain. Car il y a là les prémices d’une prochaine guerre au Moyen-Orient à laquelle les États-Unis ne peuvent pas rester indifférents. Israël ne souffle mot sur cette attaque. Il ne le confirme ni ne l’affirme. Mais quelques-uns de ses officiels disent que les missiles israéliens ont visé une base d’entraînement et un entrepôt de missiles de courte et de moyenne portée. Le site aurait aussi enfermé de la substance pouvant être utilisée dans des armes chimiques. Dans une plus large mesure, on ne peut écarter le risque qu’il y a à voir le déclin de Daech en Syrie et en Irak, se solder par un face-à-face militaire Israël-Iran. La présence iranienne en Syrie est assurée par le biais des groupes qui lui sont liés. Il est fort possible qu’Israël reconduise à l’avenir ses frappes contre le territoire syrien mais il est peu probable que ces frappes finissent par dissuader l’Iran de rester en Syrie car c’est là un tournant historique dans la stratégie militaire iranienne, écrit le journal avant de poursuivre : « l’Iran sait qu’il bénéficie du plein soutien de la Russie et profite de ce que les Américains ne semblent avoir aucun intérêt à brouiller le jeu iranien une fois Daech expulsé de Raqqa. Mais est-ce le bon choix ? Pour éviter à avoir à vivre une nouvelle guerre au Moyen-Orient, il faudrait une stratégie d’endiguement contre l’Iran à défaut de quoi, la Syrie, à peine sortie de six ans de conflit, deviendrait l’arène d’une nouvelle guerre, celle opposant l’armée israélienne au Corps des gardiens de la Révolution islamique ».