S-300 syriens: la Russie a évité le piège
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Les stratégistes américains accusent désormais la Russie à tort et à travers : selon eux, en plus d’avoir livré des missiles S-300 à l’armée syrienne et réduit de la sorte la marge de manœuvre des Israéliens, la Russie de Poutine serait sur le point de s’enraciner de manière croissante en Syrie, quitte à défier la puissance militaire américaine.
(last modified 2020-01-04T06:21:36+00:00 )
Dec 02, 2018 12:54 UTC
  • Le système antiaérien russe S-300.
    Le système antiaérien russe S-300.

Les stratégistes américains accusent désormais la Russie à tort et à travers : selon eux, en plus d’avoir livré des missiles S-300 à l’armée syrienne et réduit de la sorte la marge de manœuvre des Israéliens, la Russie de Poutine serait sur le point de s’enraciner de manière croissante en Syrie, quitte à défier la puissance militaire américaine.

Selon un nouveau rapport publié par l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), basé à Washington, la Russie aurait mis au point un système de défense aérienne complet en Syrie qui limite la capacité des États-Unis à opérer dans le pays et dans l’est de la Méditerranée. Les activités russes consistent à déployer des batteries de missiles S-300 et S-400 et d’autres systèmes d’armements en Syrie et à fournir des moyens de guerre électronique aux Syriens. Or ce dernier point semble se trouver au cœur de l’attaque israélienne du 30 novembre contre le sud de la Syrie. 

DEBKAfile, site proche des milieux du renseignement de l’armée israélienne, décrivait le samedi 1er décembre cette attaque de 75 minutes comme étant destinée à « anéantir les cibles iraniennes » : « Ce n’était pas une attaque aérienne comme celles menées pendant deux ans contre des cibles iraniennes en Syrie mais une attaque aux missiles : deux types de missiles sol-sol ont été utilisés, un missile d’une portée de 400 km et le Tamuz guidé à courte portée. »

À en croire le site qui reflète les états d’âme de l’armée israélienne, bien incapable à l’heure qu’il est de contrer les missiles de Gaza, pas moins de « 15 bases du CGRI » auraient été anéanties. Or les données factuelles ne confirment pas les assertions israéliennes qui, du reste, passent surtout pour des fanfaronnades dans la mesure où la riposte de la DCA syrienne, qualifiée de « disproportionnée », a bien surpris Israël : par crainte d’avoir à faire aux S-300 syriens, Israël a eu recours à des missiles et non pas à des avions de combat.  

Cela étant dit, certains analystes voient à travers cette frappe perpétrée 75 jours après la destruction provoquée de l’Il-20 russe au large de Lattaquié, un défi lancé surtout à l’adresse de la Russie. En effet, le crash de l’Il-20 et la livraison des S-300 ont précédé des dizaines de missions de reconnaissance menées par la flotte des USA et de l’OTAN non loin des frontières maritimes et aériennes de la Syrie, missions qui visent toutes à « déchiffrer l’énigme des S-300 » et surtout « à les rendre aveugles aux frappes ennemies ». 

Le rapport de l’ISW est d’ailleurs très clair : « Le Kremlin soutient une action plus large visant à pousser les troupes américaines à se retirer de Syrie... En ce sens, les États-Unis et Israël doivent tous les deux être prêts à supprimer un plus grand nombre de systèmes de défense aérienne et à utiliser en Syrie des avions furtifs plus coûteux, tels que le F-35. »

Il se peut donc que le raid du 30 novembre ait été mené dans un contexte de brouillage électromagnétique intense impliquant des F-35 israéliens, lesquels n’ont toutefois pas osé franchir le Rubicon et entrer dans le ciel syrien. Derrière le masque d’Israël, les USA et leurs alliés de l’OTAN auraient-ils tenté de pirater des systèmes informatisés du dispositif de défense aérienne syrien, lui-même relié au système russe en Syrie ? Possible. Cela dit, la saturation des radars syriens et russes n’a provoqué le tir d’aucun missile sol-air S-300, ce qui a empêché l’axe Israël/USA/OTAN de pouvoir localiser l’emplacement des batteries S-300 déployées en Syrie. La localisation de ces batteries est une priorité absolue pour le renseignement militaire des pays hostiles à la Syrie. Mais les atlantistes réussiront-ils leur pari ? 

« La Russie espère obtenir un avantage stratégique à long terme sur l’OTAN grâce à ses nouvelles capacités en Syrie, écrivent les auteurs du rapport de ISW. Les États-Unis et l’OTAN doivent désormais prendre en compte le risque d’une escalade dangereuse au Moyen-Orient dans le cadre de tout affrontement avec la Russie en Europe de l’Est. »