Méga-choc signé Iran-Russie-Chine!
"Puisque Trump a quitté l'accord nucléaire, nous devrons peut-être apprendre à vivre avec un Iran nucléaire", titrait le chroniqueur de Washington Post ce lundi en reprochant à Trump d'"être tombé dans le piège d’Israël et d'avoir commis l'erreur de calcul de politique étrangère la plus désastreuse qui soit depuis l'invasion de l'Irak en 2003".
"Dans le cadre de l'accord nucléaire de 2015, l'Iran s'est débarrassé de 97 % de son combustible nucléaire et a limité son enrichissement d'uranium à seulement 3,67 % de pureté. Son temps de « rupture » pour produire suffisamment de matière pour fabriquer une bombe nucléaire a été estimé à plus d’un an. Le retrait de Trump a permis à l'Iran de relancer son programme nucléaire".
En effet, le premier cycle de négociations à Vienne soutenu par une importante équipe de négociateurs iraniens, a donné peu de surprises à quiconque a écouté ce que l’administration Raïssi n'a cessé de dire si clairement ces derniers mois. Le négociateur en chef iranien, Ali Bagheri-Kani, a présenté deux projets pour examen ultérieur lors de cette session et des sessions suivantes, et a promis un nouveau projet à son retour de Téhéran en milieu de semaine. Or le changement clé renvoie ici à la déclaration post-électorale de Raïssi : "le PGAC n’est pas la première priorité". Son administration regarde désormais vers l’Est, quitte à draper l'Iran d'un nouveau cadre stratégique. L’implication immédiate pour Vienne a donc été de réaffirmer la priorité des intérêts purement iraniens.
Il semble d'ailleurs que les Européens (les E3) aient été quelque peu surpris, car ils pensaient peut-être que les menaces américaines de sanctions paralysantes, la perspective que l’Europe se joigne à ces sanctions en cas d’échec des négociations et l’avertissement des E3 qu’Israël se préparait à frapper l’Iran intimideraient l'Iran. Or rien de tel : L’équipe iranienne se sait en position d’avantage. l'Iran a même supprimé toutes les clauses de compromis convenues précédemment. Pourquoi ce virage? Il devrait y avoir visiblement quelque chose de très vaste, qui va bien au-delà des pourparlers de Vienne puisque l’Iran a énoncé ses « lignes rouges » : Aucune discussion sur les missiles balistiques iraniens ; aucune discussion sur le rôle régional de l’Iran ; et aucun gel de l’enrichissement, tant que le mécanisme de levée des sanctions et de garantie de leur non-réapparition n’est pas convenu – un retour au cadre initial de l’accord de 2015. L’Iran exige des garanties contraignantes que les sanctions ne seront pas réimposées de manière arbitraire.
En effet, ce virage iranien ne pourrait être compris sans se référer à un contexte plus large : la position iranienne est presque identique, dans son contenu, à celle énoncée par la Russie à l’égard des États-Unis dans le dossier de l’Ukraine ou encore à celle à celle de la Chine à l’égard de Taïwan. La demande de Poutine à Washington est que les intérêts et les « lignes rouges » de la Russie soient reconnus et acceptés et que des accords juridiquement contraignants soient conclus concernant la sécurité de la Russie en Europe orientale ; le président Poutine a également averti que tout empiétement des infrastructures ou des forces de l’OTAN en Ukraine ne serait pas autorisé et que la Russie prendrait des mesures décisives pour l’empêcher. Un peu comme l'Iran qui a déclaré que toute attaque israélienne contre ses installations nucléaires ne serait pas tolérée, ou comme le président Xi qui l’a indiqué lors du sommet virtuel qu’il a tenu avec Biden le 15 novembre que toute tentative de sécession de Taïwan ne serait pas autorisée et qu’elle serait suivie d’une réponse militaire.
Or en géopolitique, des coïncidences de cette nature ne se produisent pas spontanément. L'Iran, la Chine et la Russie sont-ils stratégiquement coordonnées, politiquement et militairement de concert? Ce qui stupéfait The Washington Post, les E3 et l'axe US/Israël est ceci : C’est la première fois que d’autres leur dictent leur conduite, définissent leurs lignes rouges – au lieu de recevoir des instructions sur les lignes rouges américaines. Et cet "autre" est un géant à trois côtés, Iran, Russie, Chine...