Route de soie: le trio Iran/Russie/Chine face aux USA
Dans une interview accordée à un correspondant de l'agence de presse Fars News à Douchanbé, Grigory Trofimchuk, analyste politique russe et Président du Conseil d'experts de la Fondation des idées eurasiennes, a abordé diverses questions politiques et économiques relatives à la région eurasienne et le rôle des grandes puissances, en particulier des États-Unis.
Dans cet entretien, le correspondant de Fars News a demandé à l’analyste russe comment il évaluait les résultats du nouveau projet américain de route de la soie, compte tenu des intérêts nationaux de la Russie. À cet égard, la récente proposition du président américain Joe Biden sur la nécessité de préparer un plan analogue pour l'initiative chinoise « une ceinture –une route » avec la participation des « pays démocratiques » attire également l'attention.
Grigory Trofimchuk a répondu : « En fait, beaucoup de gens confondent encore le nouveau projet américain de route de la soie avec l'initiative chinoise de la ceinture économique de la route de la soie, alors que les deux projets poursuivent des objectifs complètement opposés. C'est peut-être pour créer une telle confusion que la version américaine du projet a été activement poursuivie par la secrétaire d'État américain de l'époque, Hillary Clinton, presque à partir de 2011. »
L'objectif du projet n'était pas trop caché : suivre de manière stratégique les communications intercontinentales et eurasiennes entre la Chine et ses partenaires, ainsi que creuser le fossé entre les Chinois et des zones dont l’avenir est prometteur telles que l'Asie centrale et l'Asie du Sud.
Le projet chinois « la ceinture économique de la route de soie » fait partie intégrante de la doctrine mondiale « une ceinture, une route ». Il est considéré comme une superstructure idéologique de ses secteurs économiques et justifie des activités conjointes basées sur des idées de développement.

Alors Washington a décidé de s'emparer de l'idée d'une superstructure politique en prétendant créer un contrepoids continental-eurasien à « une route à une ceinture ». C'est aussi un comportement américain bien connu.
Il est à noter que les États-Unis ont tenté de mettre en œuvre le projet de « Partenariat transpacifique » en Asie, qui a été préféré à la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) et à d'autres organisations asiatiques.
Cependant, le comportement bizarre de l'ancien président américain Donald Trump a quelque peu ralenti la mise en œuvre de l’accord « Partenariat transpacifique ».
Dans tous les cas, les États-Unis sont déterminés à perturber un partenariat politique et économique entre la Chine et ses partenaires eurasiens à travers le continent, ce que le nouveau président américain poursuivra plus sérieusement.
À cet égard, la Russie soutient naturellement l'idée de coordonner l'Union économique eurasienne et la ceinture économique de la route de la soie, formée il y a plusieurs années, et c'est une priorité pour Moscou et Pékin.
Cependant, Moscou et Pékin doivent faire de gros efforts pour renforcer leur architecture pour le développement économique et des communications eurasiens et, surtout, pour utiliser les ressources financières. Cette tendance importante n'en est qu'à ses débuts.
L'Iran a la capacité nécessaire au développement
Concernant le rôle de l'Iran dans le projet, le journaliste de Fars s’est demandé : « Le Corridor international de transport et de transit Ouzbékistan-Turkménistan-Iran-Oman (Accord d'Achgabat) ainsi que les corridors routiers Iran-Afghanistan-Ouzbékistan et Kirghizistan-Tadjikistan -Afghanistan-Iran sont les voies les plus importantes d'accès mutuel et de coopération entre l'Iran et l'Asie centrale et dans le domaine du partenariat stratégique entre l'Iran et la Chine. Mais l'activité de ces corridors est pratiquement au point mort à cause de la politique du Turkménistan et du Tadjikistan envers l'Iran. De telles actions du Turkménistan peuvent-elles être considérées comme étant conformes aux conspirations des États-Unis pour bloquer les projets en Asie centrale dépendant des eaux libres de l'Iran ? »
Et Trofimchuk de répondre : « Vous soulignez ce point à juste titre. Mais l'Iran a la mer Caspienne et la majorité du potentiel de l'Union économique eurasienne. Ayant un accès direct à la région russe de la Volga, Téhéran peut très vite renforcer sa position. Or, il est nécessaire de lui accorder une grande attention.
La raison des vagues actions du Turkménistan, qui est situé dans le bassin de la mer Caspienne à côté de l'Iran, est liée à cette question.
L'isolationnisme du Turkménistan est une question interne, mais lorsqu'il s'agit d'un grand groupe de pays de la région et de leur avenir stratégique, il doit en quelque sorte dépasser l’approche inerte envers les partenaires. En tout cas, Achgabat est au foyer d'attention particulière des États-Unis et aucune autre partie n'est en mesure d'exercer une telle pression sur Achgabat, on peut donc conclure que dans n’importe quelle situation, Achgabat ne suivra que les États-Unis.
Cependant, il ne sera pas possible de rompre les liens entre l'Iran et l'Union économique eurasienne, et même théoriquement, le Turkménistan ne pourra pas le faire.
L'Union économique eurasienne est également un pont de communication entre l'Iran et la Chine. De plus, il y a un corridor « nord-sud ».
Les relations complexes entre le Turkménistan et le Tadjikistan, pour les raisons que j'ai déjà évoquées, méritent une attention particulière d’autant plus que cela est lié à la politique de la Maison Blanche sur l'Afghanistan.
Bien sûr, le Turkménistan n'est pas une cible très importante pour les États-Unis. Dans tous les cas, le Turkménistan doit revenir sur sa politique de neutralité et réfléchir sérieusement à la coopération eurasienne. »